C’est dans le cadre convivial de sa traditionnelle cérémonie des vœux, marquée par la dégustation d’une tête de veau, que l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie de Côte-d’Or a présenté un diagnostic lucide et une feuille de route volontariste pour une profession en proie à de profondes mutations. Le président de l’UMIH 21, Lionnel Petitcolas, a profité de ce rassemblement de personnalités locales pour exprimer les inquiétudes grandissantes de ses 560 adhérents face à un fléchissement notable de l’activité. Loin de céder au pessimisme, son discours a dévoilé une stratégie multidimensionnelle, alliant offensive politique, renforcement des mesures de sécurité et adoption résolue des nouvelles technologies. Cette approche pragmatique vise non seulement à surmonter les turbulences économiques actuelles mais aussi à jeter les bases d’un secteur de l’hôtellerie-restauration plus résilient et innovant, capable de s’adapter aux nouveaux paradigmes de consommation et de gestion d’entreprise, tout en réaffirmant son rôle essentiel dans la vitalité économique et sociale du territoire.
Un Contexte Économique Sous Haute Tension
Le point névralgique du discours a été le constat d’une détérioration persistante de la conjoncture, qualifiée de « baisse structurelle » de la consommation. Depuis près de deux ans, le secteur de l’hôtellerie-restauration fait face à un ralentissement qui dépasse le simple aléa conjoncturel. Cette perception est étayée par des chiffres nationaux préoccupants, révélant une contraction de 4 % des dépenses des ménages français dans la restauration en 2025. Le président de l’UMIH 21 a attribué cette tendance de fond à un climat économique global incertain et à une instabilité géopolitique qui incitent les consommateurs à une plus grande prudence. Cette frilosité se traduit par une augmentation de l’épargne au détriment des dépenses jugées non essentielles, comme les sorties au restaurant ou les séjours à l’hôtel. Face à cette érosion du chiffre d’affaires, la marge de manœuvre pour augmenter les recettes s’amenuise, contraignant les professionnels à se tourner vers une gestion rigoureuse de leurs dépenses pour préserver leur rentabilité.
Dans ce contexte où la croissance des revenus est compromise, la stratégie de l’UMIH 21 se recentre de manière pragmatique sur la maîtrise des coûts opérationnels. La mission du syndicat patronal évolue donc vers un accompagnement renforcé de ses adhérents dans leur quête d’optimisation des charges. Cependant, Lionnel Petitcolas a souligné avec lucidité l’extrême complexité de cette démarche. En effet, les entreprises du secteur sont confrontées à une inflation continue de leurs coûts fixes et variables, qu’il s’agisse de la flambée des prix de l’énergie, de la hausse du coût des matières premières ou des tensions sur les salaires dans un marché du travail en mutation. L’équation économique devient particulièrement difficile à résoudre pour de nombreux établissements. L’UMIH 21 s’engage ainsi à explorer toutes les pistes possibles, de la négociation collective de tarifs à la mutualisation de services, pour aider ses membres à naviguer dans cet environnement économique hostile et à maintenir leur compétitivité sans sacrifier la qualité de leur offre.
Une Riposte Stratégique sur Plusieurs Fronts
Consciente que les solutions doivent également être trouvées sur le terrain politique, l’UMIH 21 a décidé d’adopter une posture proactive à l’approche des futures élections municipales. L’organisation prépare actuellement un manifeste détaillé qui sera soumis à l’ensemble des candidats en lice. L’objectif de cette démarche est double : d’une part, rappeler avec force le rôle fondamental des cafés, hôtels, restaurants et établissements de nuit comme acteurs de la vitalité, de l’attractivité et du lien social au sein des communes ; d’autre part, formuler des propositions concrètes et pragmatiques visant à alléger le poids des contraintes administratives et financières qui pèsent sur les exploitants. Un exemple emblématique a été mis en avant : la révision de la politique de gestion du domaine public, notamment en ce qui concerne les « droits de terrasse », afin de réduire les coûts liés à l’occupation de l’espace public pour les professionnels. Ce lobbying local vise à instaurer un dialogue constructif avec les futurs élus pour créer un environnement plus favorable au développement du secteur.
La sécurité des établissements recevant du public a été érigée en priorité absolue, une préoccupation ravivée par un récent drame survenu à l’étranger. Le tragique incendie du bar Le Constellation en Suisse, qui a coûté la vie à de nombreuses personnes durant la nuit du Nouvel An, a servi de catalyseur pour une prise de conscience collective et un renforcement immédiat des mesures de prévention. En réponse à cet événement, l’UMIH 21 a annoncé l’organisation imminente de réunions de travail en collaboration étroite avec la préfecture de la Côte-d’Or et le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS 21). Ces sessions auront pour but de former, ou de reformer, les exploitants d’établissements de nuit ainsi que leurs salariés sur l’intégralité des protocoles de sécurité, des procédures d’évacuation et des bonnes pratiques en matière de prévention des risques. L’initiative vise à garantir que chaque établissement soit non seulement en conformité avec la réglementation, mais aussi que ses équipes soient parfaitement préparées à réagir efficacement en cas d’incident, protégeant ainsi la clientèle et le personnel.
L’Innovation Numérique comme Levier de Croissance
Tout en réaffirmant avec force que « le cœur de notre métier reste l’humain », le président de l’UMIH 21 a insisté sur l’impérative nécessité pour la profession d’embrasser la révolution numérique. Il a clairement affirmé que ne pas se saisir des opportunités offertes par l’intelligence artificielle constituerait une « erreur stratégique » majeure. Pour traduire cette vision en action concrète, le syndicat a développé et mis à disposition de ses adhérents un outil novateur baptisé GroUMIH. Il s’agit d’une intelligence artificielle spécifiquement paramétrée pour répondre aux problématiques quotidiennes des chefs d’entreprise du secteur CHRD (cafés, hôtels, restaurants, discothèques). Cette initiative ne vise pas à remplacer le jugement humain, mais à le compléter en fournissant un assistant performant et disponible. L’ambition est de démocratiser l’accès à une technologie de pointe pour permettre aux TPE et PME du secteur de gagner en efficacité, d’optimiser leur gestion et de se concentrer sur leur cœur de métier : l’accueil et le service.
L’outil GroUMIH a été conçu comme un véritable soutien opérationnel, capable d’assister les dirigeants dans une multitude de tâches complexes et chronophages. Par exemple, un restaurateur peut l’utiliser pour décrypter les subtilités d’une nouvelle réglementation sanitaire, un hôtelier pour préparer la trame d’un entretien d’embauche en conformité avec le droit du travail, ou encore un exploitant de bar pour vérifier rapidement une obligation légale liée à la vente d’alcool. Le président Petitcolas a précisé que l’IA ne devait pas être perçue comme un décideur, mais plutôt comme un « véritable soutien au quotidien » qui fiabilise les processus et libère du temps. Cette démarche s’inscrit dans une perspective plus large où la donnée, « la data », est désormais considérée comme une « matière première » indispensable à la bonne gestion et à la prise de décision stratégique dans une entreprise moderne. En s’appropriant cet outil, les professionnels peuvent transformer les contraintes réglementaires et administratives en opportunités d’amélioration continue.
Une Profession en Quête de Réinvention
La cérémonie des vœux de l’UMIH 21 a finalement transcendé son caractère convivial pour dessiner les contours d’un secteur résolument tourné vers l’action et l’avenir. Le discours prononcé a mis en lumière une profession qui, bien que confrontée à des difficultés économiques réelles, a choisi de ne pas subir la situation mais d’y répondre par une stratégie cohérente et proactive. La feuille de route dévoilée a reposé sur des piliers solides et complémentaires : la gestion rigoureuse de la crise de consommation, une action de lobbying politique ciblée au niveau local, un renforcement sans compromis des normes de sécurité, et une adoption intelligente des technologies d’avenir. L’appel à la cohésion de Lionnel Petitcolas, « En 2026, restons unis, restons UMIH ! « , a ainsi pris tout son sens, non comme un simple slogan, mais comme la clé de voûte d’un effort collectif. La profession a démontré, malgré les vents contraires, une volonté claire de se réinventer pour assurer sa pérennité et continuer à jouer un rôle central dans le dynamisme économique et social.
