Pedro Facon Peut-Il Sauver la Santé Belge?

Pedro Facon Peut-Il Sauver la Santé Belge?

Confronté à des défis structurels profonds et à des pressions budgétaires croissantes, le système de santé belge se trouve à un carrefour critique où l’immobilisme n’est plus une option viable. C’est dans ce contexte tendu que Pedro Facon, en prenant les rênes de l’Institut National d’Assurance Maladie-Invalidité (INAMI), a dévoilé une feuille de route réformatrice aussi ambitieuse que clivante. Sa vision, articulée autour d’une maîtrise stricte des dépenses et de changements structurels inévitables, vise à préserver le modèle de solidarité qui constitue le socle du système. En s’attaquant de front aux dossiers les plus sensibles, de la réorganisation hospitalière à la responsabilité des médecins, il propose une approche qui combine la fermeté sur les objectifs et une volonté de maintenir un dialogue exigeant avec l’ensemble des acteurs. L’enjeu est de taille : moderniser le système pour garantir son efficience et sa pérennité face aux défis démographiques et technologiques du XXIe siècle, une mission qui s’annonce semée d’embûches.

Un Diagnostic Sans Concession

L’un des constats les plus préoccupants dressés par Pedro Facon concerne la fragmentation croissante du système de soins, qui mène inéluctablement vers une médecine à deux vitesses. Il observe avec lucidité que les autorités éprouvent de plus en plus de difficultés à convaincre les prestataires de soins d’adhérer à l’accord médico-mutualiste, lequel encadre les tarifs officiels. Cette désaffection progressive pour le système conventionné n’est pas sans conséquence : elle crée une réalité tangible où les patients peuvent souvent obtenir un rendez-vous bien plus rapidement dans des cabinets privés, où les honoraires sont libres, que dans le secteur hospitalier conventionné. Rejetant fermement ce modèle qui met à mal le principe d’équité, il réaffirme que la mission de l’INAMI est de rendre l’accord tarifaire suffisamment attractif pour rallier une majorité de praticiens. Il reconnaît la principale revendication des médecins, à savoir des tarifs jugés trop bas, mais apporte une nuance de taille, estimant que si certains actes méritent d’être revalorisés, d’autres sont surévalués, ouvrant ainsi la voie à une réforme ciblée de la nomenclature.

Au-delà des questions d’accès, la stratégie de Pedro Facon s’articule autour d’un axe central : la lutte contre le gaspillage et la surconsommation de soins, qu’il identifie comme un frein majeur à l’efficience du système. Il appelle les prestataires de soins et les mutualités à assumer leur part de responsabilité pour endiguer ces phénomènes. Son message est clair : si l’autodiscipline du secteur s’avère insuffisante, l’INAMI n’hésitera pas à intervenir de manière plus directive pour prévenir les dérapages budgétaires. Pour étayer son propos, il cite l’exemple récent des consultations téléphoniques, un outil moderne dont le remboursement a dû être suspendu en raison d’abus trop nombreux. La liste des gaspillages est longue et préoccupante, incluant l’usage excessif des antidépresseurs, des médicaments contre le cholestérol et l’acidité gastrique, le recours trop fréquent aux scanners, ainsi qu’un nombre jugé anormalement élevé de poses de prothèses de hanche et de genou, autant de symptômes d’un système à bout de souffle.

Des Réformes Structurelles Incontournables

Pour le nouveau directeur général de l’INAMI, ces problèmes de surconsommation ne sont que les symptômes d’un mal plus profond qui nécessite un traitement de choc : une réforme structurelle du paysage hospitalier belge. Il constate avec regret que la loi visant à encourager la coopération des hôpitaux au sein de réseaux n’a pas produit la transformation escomptée, se limitant à quelques fusions et collaborations sans véritable réorganisation de l’offre de soins. Face à une certaine inertie du terrain et à la persistance de discussions interminables sur des sujets critiques comme le nombre excessif de maternités et de services d’urgence ou la nécessaire concentration des soins complexes, son message se veut un avertissement direct et sans équivoque : les institutions qui refusent de s’adapter sont vouées à disparaître. S’appuyant sur un rapport d’experts concluant qu’un tiers des sites hospitaliers doit se transformer radicalement, il lie la survie même du modèle solidaire de l’assurance maladie à cette capacité de se réinventer.

Cette transformation du système passe également par une redéfinition du rôle et de la responsabilité des médecins généralistes, notamment dans le suivi des incapacités de travail de longue durée. Ce dossier revêt une importance particulière pour Pedro Facon, qui a lui-même traversé une période de surmenage professionnel. Loin de le conduire à une approche laxiste, cette expérience personnelle a renforcé sa conviction qu’une gestion structurée et proactive est indispensable. Concrètement, il propose que l’INAMI se dote d’outils performants pour mieux analyser l’activité des médecins en la matière, en suivant le nombre de prescriptions d’incapacité de travail et leur durée moyenne. L’objectif n’est pas de sanctionner, mais de responsabiliser les praticiens et de s’assurer que les arrêts sont médicalement justifiés et orientés vers un retour à l’emploi, faisant du médecin un acteur clé de la réintégration socio-professionnelle de ses patients.

La Méthode Facon Entre Fermeté et Dialogue

Malgré la fermeté de son diagnostic, Pedro Facon insiste sur son attachement au modèle de concertation, qu’il considère comme faisant partie de l’ADN de l’INAMI et du système de santé belge. Toutefois, il pose une condition essentielle à sa pérennité et à son efficacité : les partenaires sociaux, qu’il s’agisse des représentants des médecins, des mutualités ou d’autres prestataires, doivent accepter que le dialogue ne peut plus se limiter à la simple répartition de moyens financiers supplémentaires. Il doit devenir le principal moteur d’une remise en question de l’existant et un levier pour ajuster le cap en fonction des contraintes budgétaires. Cette nouvelle approche exige une volonté partagée de réformer en profondeur, où chaque acteur est prêt à revoir ses pratiques pour contribuer à la viabilité à long terme du système. La concertation est ainsi réaffirmée comme un outil de co-construction, à condition qu’elle soit orientée vers l’action et la recherche de solutions durables.

Sur le plan du financement, il défend la norme de croissance des dépenses de santé, non pas comme une promesse d’augmentation automatique des budgets, mais comme un cadre de maîtrise et un outil de contrôle indispensable. Il contextualise la situation belge, rappelant que le pays se situe légèrement en deçà de la moyenne de l’OCDE en matière de générosité des dépenses de santé. Il met en lumière un défi majeur : bien que la norme de croissance, prévue à 2,5 % au-dessus de l’inflation en fin de législature, soit supérieure à la croissance économique, elle demeure inférieure à ce que le Bureau du Plan estime nécessaire pour simplement maintenir le système actuel à flot. Cette tension budgétaire met sous pression la prévisibilité du financement pour les prestataires et impose une recherche constante d’efficience. Le poids croissant des médicaments innovants est également abordé, bien que leur part dans le budget global soit plafonnée, ce qui force à opérer des choix stratégiques.

Un Avenir à Co-Construire

En définitive, Pedro Facon a présenté une feuille de route qui constituait à la fois un avertissement et une invitation. Il a clairement défini les lignes rouges, notamment la nécessité d’une réforme structurelle et d’une maîtrise budgétaire, tout en laissant la porte ouverte à la négociation. Son message aux médecins fut une exhortation pressante à s’engager activement dans le processus de changement, les mettant en garde contre les conséquences d’une politique de la chaise vide. Il les a invités à « travailler ensemble à notre destin plutôt que de tout laisser à la politique », un appel à la co-construction pour éviter que des mesures ne soient imposées unilatéralement par le pouvoir politique. Cette approche a marqué une volonté de placer les acteurs de terrain au centre des réformes, en leur demandant d’oser se « rencontrer au milieu du gué ». L’épreuve de vérité a ainsi été engagée, non seulement sur sa capacité à piloter le changement, mais aussi sur celle de l’ensemble du secteur à transformer cette vision en réformes concrètes et acceptées.

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