Le gouvernement du Québec a récemment dévoilé une politique nationale de soutien à domicile ambitieuse, marquant un tournant décisif dans la reconnaissance du travail souvent invisible, mais fondamental, des proches aidants. Annoncée par Sonia Bélanger, ministre de la Santé, des Aînés et des Proches aidants, l’initiative « Mieux chez soi » est soutenue par un investissement global de 107 millions de dollars. Cette nouvelle orientation politique vise non seulement à permettre aux personnes en perte d’autonomie de vieillir dans la dignité et le confort de leur foyer, mais aussi à officialiser et à rémunérer le rôle crucial de leurs aidants familiaux. Au cœur de cette réforme se trouve la conviction que le soutien à domicile doit évoluer pour répondre aux défis démographiques actuels, en s’appuyant sur une collaboration renforcée entre le réseau public, les entreprises d’économie sociale et les familles elles-mêmes, redéfinissant ainsi les contours de la prise en charge des aînés et des personnes vulnérables dans la province.
Une Reconnaissance Financière pour un Travail Essentiel
La mesure phare de la politique « Mieux chez soi » réside dans l’instauration d’une rémunération directe pour les proches aidants, une avancée qui transforme leur statut et valorise leur contribution inestimable à la société. Désormais, une personne qui consacre son temps à un membre de sa famille en perte d’autonomie, malade ou vivant avec un handicap pourra être officiellement reconnue comme prestataire de services. Ce statut s’obtient après une évaluation rigoureuse des besoins de la personne aidée et s’intègre dans le cadre de l’allocation autonomie à domicile, anciennement connue sous le nom de chèque emploi-services. Les proches aidants éligibles se verront attribuer un taux horaire de 21 $, un montant aligné sur celui des préposés d’aide à domicile du secteur de l’économie sociale, garantissant une forme d’équité. Le volume d’heures rémunérées sera flexible et déterminé au cas par cas, reflétant la diversité et l’intensité des soins requis, qu’il s’agisse d’aide pour les soins d’hygiène, l’alimentation ou l’administration de médicaments.
Pour concrétiser cette reconnaissance financière, le gouvernement a mis en place un plan de financement progressif et structuré. Dans un premier temps, une bonification budgétaire immédiate de 1,1 million de dollars a été débloquée pour lancer le programme et répondre aux demandes les plus urgentes. Cette injection initiale sera suivie d’un investissement additionnel substantiel de 22,2 millions de dollars pour l’année suivante, assurant ainsi la pérennité et l’élargissement de la mesure. Cet engagement financier témoigne de la volonté gouvernementale de ne pas seulement poser un geste symbolique, mais de construire un système de soutien durable. En formalisant cette relation d’aide par une compensation monétaire, la politique cherche à alléger le fardeau financier qui pèse sur de nombreuses familles et à prévenir l’épuisement des aidants, un enjeu de santé publique de plus en plus préoccupant face au vieillissement de la population québécoise.
Le Rôle Accru des Partenaires en Soutien à Domicile
La politique « Mieux chez soi » ne se limite pas à la rémunération des proches aidants ; elle vise également à renforcer l’ensemble de l’écosystème du soutien à domicile en mobilisant activement les entreprises d’économie sociale en aide à domicile (EÉSAD). Québec souhaite que ces organisations, déjà bien implantées dans les communautés, élargissent leur offre de services au-delà des tâches traditionnelles comme l’entretien ménager ou la préparation des repas pour inclure des soins plus personnalisés. Pour encourager cette transition, le financement du Programme d’exonération financière en aide domestique (PEFSAD), qui permet aux usagers de bénéficier de rabais sur les services des EÉSAD, connaîtra une augmentation significative. Le budget alloué à ce programme passera de 21,3 millions de dollars en 2025-2026 à 39,3 millions de dollars en 2026-2027, une hausse qui facilitera l’accès à une gamme plus étendue de services pour un plus grand nombre de citoyens.
En parallèle du renforcement des EÉSAD, la politique réaffirme avec force le rôle pivot des centres locaux de services communautaires (CLSC) en tant que principale porte d’entrée pour l’accès aux services destinés aux aînés et aux personnes nécessitant un soutien à domicile. L’objectif est de simplifier le parcours des usagers et de leurs familles en centralisant l’évaluation des besoins et l’orientation vers les ressources appropriées, qu’elles proviennent du réseau public, des EÉSAD ou des proches aidants rémunérés. La ministre Sonia Bélanger a exprimé son intention de voir cette approche de guichet unique pleinement déployée sur l’ensemble du territoire québécois d’ici la fin de l’année. Cette centralisation vise à assurer une meilleure coordination des soins, à éviter les dédoublements de services et à garantir que chaque personne reçoive un plan d’intervention personnalisé et cohérent, adapté à sa situation spécifique et à son désir de demeurer dans son milieu de vie le plus longtemps possible.
Des Réactions Mitigées et des Enjeux à Surmonter
L’annonce de la politique « Mieux chez soi » a été accueillie par un éventail de réactions qui illustrent la complexité des enjeux liés au soutien à domicile. Des organismes comme le Conseil pour la protection des malades ont salué l’initiative, y voyant une « vraie reconnaissance » du dévouement et du travail essentiel accompli par les proches aidants. Pour ces acteurs, la rémunération constitue une avancée sociale majeure qui valide enfin une contribution longtemps ignorée sur le plan économique. Cette perspective positive est partagée par de nombreuses familles qui y voient une bouffée d’air frais, tant sur le plan financier que psychologique, en officialisant un rôle souvent vécu dans l’isolement. La reconnaissance formelle pourrait également inciter davantage de personnes à assumer ce rôle, sachant qu’un soutien tangible est désormais disponible, contribuant ainsi à la viabilité à long terme du maintien à domicile.
Cependant, d’autres voix du milieu ont exprimé des réserves, tempérant l’enthousiasme général. Le Regroupement provincial des comités des usagers, tout en reconnaissant que la politique va dans la bonne direction, l’a qualifiée de « petit pas » . Cet organisme estime que les investissements annoncés, bien que significatifs, demeurent insuffisants pour répondre à l’ampleur des besoins générés par le vieillissement exponentiel de la population. De son côté, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) a adopté une position beaucoup plus critique, dénonçant ce qu’elle perçoit comme un oubli majeur : le manque de mesures concrètes pour renforcer les services offerts par les auxiliaires aux services de santé et sociaux (ASSS) du réseau public. La CSN a accusé le gouvernement de favoriser une forme de sous-traitance aux entreprises privées et d’économie sociale, au détriment de la consolidation du réseau public, qui devrait selon elle constituer le pilier central du soutien à domicile au Québec.
Une Vision d’Avenir pour le Soutien à Domicile
En définitive, la politique « Mieux chez soi » a initié une transformation profonde du paysage du soutien à domicile au Québec. L’instauration d’une rémunération pour les proches aidants a constitué une étape historique, reconnaissant officiellement la valeur de leur contribution et offrant un soulagement financier tangible. Simultanément, la consolidation du rôle des entreprises d’économie sociale et la réaffirmation des CLSC comme guichet unique ont jeté les bases d’un système plus intégré et accessible. Les débats suscités par cette annonce ont toutefois mis en lumière la nécessité d’un dialogue continu entre le gouvernement, les partenaires du réseau de la santé et les représentants des usagers. Il est apparu clairement que la pérennité de ce modèle reposait sur un équilibre délicat entre le renforcement des services publics, le soutien aux initiatives communautaires et la valorisation de l’aide familiale. Les fondations posées par cette politique ont ouvert la voie à de futures adaptations, qui devront tenir compte des réalités démographiques et des attentes évolutives de la population.
