Biomemory Révolutionne le Stockage de Données avec l’ADN

Biomemory Révolutionne le Stockage de Données avec l’ADN

La vague incessante de données numériques submerge nos infrastructures, posant un défi énergétique et spatial sans précédent qui menace de paralyser le progrès technologique. Dans ce contexte critique, une jeune entreprise parisienne, Biomemory, a développé une innovation de rupture en proposant de stocker nos informations les plus précieuses sur le support le plus ancien et le plus dense connu de la vie : l’acide désoxyribonucléique. Fondée en 2021, cette société s’attaque au marché colossal de l’archivage à long terme des données dites « froides », ces informations rarement consultées mais qui doivent être conservées sur des décennies. En transformant les fichiers binaires en séquences génétiques, Biomemory n’offre pas seulement une alternative, mais une refonte complète des paradigmes de stockage, promettant une densité, une durabilité et une sobriété énergétique qui semblaient jusqu’alors relever de la science-fiction. Cette approche bio-informatique pourrait bien être la clé pour gérer durablement l’héritage numérique de l’humanité.

Le Poids Insoutenable de notre Mémoire Numérique

La numérisation de tous les secteurs de la société, de l’intelligence artificielle au divertissement, a érigé les centres de données en infrastructures aussi vitales que les réseaux électriques, mais leur coût environnemental a atteint un seuil critique. Une étude prospective de l’Agence de la transition écologique (Ademe) met en lumière l’ampleur du problème : en France seulement, les 352 centres de données ont consommé 10 térawattheures en 2024. Le rapport est d’autant plus alarmant qu’il projette un quadruplement de cette consommation d’ici une décennie si aucune solution radicalement différente n’est mise en œuvre. Cette trajectoire n’est pas soutenable, tant sur le plan énergétique que sur celui de l’occupation spatiale. La prolifération de ces géants de béton et de silicium, gourmands en électricité et en systèmes de refroidissement, impose une réflexion urgente sur des technologies de stockage alternatives capables de briser ce cycle de croissance exponentielle et de répondre aux besoins futurs sans compromettre les ressources de la planète.

Les technologies de stockage actuelles, bien qu’efficaces pour un accès rapide aux données « chaudes », montrent leurs limites pour l’archivage à long terme. Les disques durs magnétiques, qui constituent l’épine dorsale de nombreux centres de données, ont une durée de vie limitée à environ cinq ans et nécessitent une alimentation électrique constante pour maintenir leurs plateaux en rotation, ainsi qu’un refroidissement intensif pour éviter la surchauffe. Les bandes magnétiques, une alternative plus économique pour les données froides, souffrent de cycles de migration coûteux et complexes tous les dix à quinze ans. Ces contraintes engendrent un coût total de possession (TCO) très élevé, incluant l’énergie, la maintenance et le remplacement régulier du matériel. C’est précisément dans ce segment, qui représente environ 70 % de la totalité des données mondiales, que les supports traditionnels se révèlent inefficaces, énergivores et peu durables, créant ainsi une opportunité majeure pour une rupture technologique profonde.

Une Révolution Fondée sur la Biologie

La proposition de valeur de Biomemory s’articule autour d’une densité de stockage qui défie l’imagination. La promesse théorique est vertigineuse : l’intégralité du contenu d’une plateforme de diffusion vidéo mondiale pourrait être contenue dans seulement quelques grammes d’ADN. Plus concrètement, l’objectif à long terme de l’entreprise est de faire tenir un pétaoctet de données sur une seule carte au format bancaire, ce qui représente environ 2 000 fois la capacité d’un téléphone intelligent de dernière génération. Si la capacité d’écriture actuelle, oscillant entre 100 mégaoctets et un gigaoctet par jour, indique que la technologie est encore en phase de maturation, le potentiel de miniaturisation est sans commune mesure avec ce que le silicium peut offrir. Cette densité extrême permettrait non seulement de libérer un espace considérable dans les centres de données, mais aussi de concevoir des archives de données pérennes et incroyablement compactes, changeant radicalement la gestion physique de notre patrimoine numérique.

Au-delà de la densité, la technologie de stockage sur ADN offre une efficacité énergétique et une longévité exceptionnelles, deux des faiblesses majeures des solutions actuelles. Une fois les données encodées et l’ADN synthétisé puis lyophilisé (un processus de déshydratation à froid), le support de stockage devient chimiquement stable et ne consomme quasiment plus aucune énergie. Selon Erfane Erwani, le président-directeur général de l’entreprise, cette approche serait, selon les cas d’usage, de 40 à 10 000 fois plus économe que les technologies existantes. De plus, la robustesse de la molécule d’ADN permet à Biomemory de garantir ses supports pour une durée de 150 ans, soit 30 fois plus longtemps qu’un disque dur classique. Ce support résiste à des conditions extrêmes, du froid absolu aux fortes chaleurs, assurant ainsi une préservation des données sur des échelles de temps qui étaient jusqu’à présent inenvisageables sans des migrations de support coûteuses et risquées.

De la Logique Binaire à la Synthèse Moléculaire

Le passage du monde numérique au monde biologique s’opère grâce à une synergie entre logiciel et biotechnologie. La première étape, purement informatique, repose sur un algorithme sophistiqué qui convertit le langage binaire des fichiers (les suites de 0 et de 1) en un langage quaternaire basé sur les quatre bases nucléiques de l’ADN : l’adénine (A), la thymine (T), la cytosine (C) et la guanine (G). Comme le précise Jessica Ayache, la directrice biotechnologie, il ne s’agit pas d’une simple traduction littérale. L’algorithme d’encodage est conçu pour intégrer les contraintes inhérentes à la biologie de l’ADN, par exemple en évitant certaines séquences répétitives qui pourraient rendre la molécule instable ou difficile à lire. Ce processus génère des séquences d’ADN synthétiques optimisées pour être robustes, faciles à fabriquer et à séquencer sans erreur, formant ainsi une interface fiable et efficace entre les deux univers. C’est dans ce code que réside une grande partie de la propriété intellectuelle de l’entreprise.

Une fois la séquence génétique conçue par l’algorithme, la phase de production physique est lancée dans un laboratoire automatisé. L’entreprise a fait le choix de produire son propre ADN en utilisant des bactéries génétiquement modifiées, nourries avec une matière première simple et abondante : le sucre. Des systèmes robotisés, comme un « pipeteur » décrit comme une « imprimante du vivant », manipulent avec une précision micrométrique les différents réactifs pour assembler les fragments d’ADN selon les séquences définies informatiquement. Après sa synthèse, l’ADN contenant les données est lyophilisé pour garantir sa conservation sur le très long terme. Pour lire les informations, le processus de séquençage prend actuellement une vingtaine de minutes et s’effectue sur des blocs entiers. Cependant, l’entreprise travaille déjà sur une méthode d’accès ciblé, qui permettrait d’étiqueter chimiquement des sections spécifiques des brins pour récupérer un fichier précis beaucoup plus rapidement.

L’Aube d’une Nouvelle Ère pour le Stockage

Pour matérialiser sa technologie et faciliter son intégration dans les environnements informatiques existants, Biomemory a développé une approche produit pragmatique. Le support physique se présente sous la forme d’une carte au format Isocard, similaire à une carte bancaire. Ce choix stratégique, comme l’explique Erfane Erwani, vise à offrir un format familier aux architectes d’infrastructure, rendant le concept de stockage moléculaire moins abstrait et plus tangible qu’une simple capsule de laboratoire. Le produit phare de la société est un serveur ADN, une armoire de 1,70 mètre de haut, mobile et autonome. Cet équipement intègre un système robotisé capable de manipuler des cartouches de stockage ADN sans intervention humaine. Il a été conçu pour remplacer les baies de serveurs traditionnelles, chauffantes et énergivores, dans les futurs centres de données dédiés à l’archivage à long terme, marquant une rupture visible avec l’esthétique et le fonctionnement des infrastructures actuelles.

Avec une ambition claire, l’entreprise s’est positionnée sur un modèle économique compétitif, affirmant qu’un investissement initial sur dix ans serait jusqu’à quarante fois moins cher que les solutions équivalentes, avec un coût d’écriture estimé entre 5 et 7 euros par téraoctet. Depuis sa création, Biomemory a levé 28 millions d’euros et a affiché son intention de lever 500 millions supplémentaires d’ici à 2031 pour soutenir son développement industriel. L’objectif commercial a été fixé : la commercialisation de ses serveurs moléculaires était visée pour l’horizon 2030, une date qui marquerait le début de la « révolution moléculaire » de l’informatique. La vision de la startup, ses produits concrets et sa feuille de route stratégique l’ont positionnée comme un acteur pionnier, prêt à redéfinir en profondeur les standards de l’archivage numérique pour les décennies à venir et à répondre à l’un des défis les plus pressants de notre ère numérique.

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