L’attribution par l’Union des Groupements d’Achats Publics du marché stratégique d’Assistance à la Maîtrise d’Œuvre et de Tierce Maintenance Applicative au consortium formé par Inetum, Devoteam et Orange Business symbolise bien plus qu’une simple mise à jour de prestataires. Cette décision d’envergure révèle une mutation profonde et structurelle de la commande publique, orchestrant une tendance de fond vers l’industrialisation, la standardisation et la concentration des compétences au service de la modernisation de l’État et des collectivités territoriales. Loin de son rôle historique de simple facilitateur d’achats, l’UGAP se positionne désormais comme une véritable plateforme industrielle, capable de façonner le marché des services numériques en France. En orientant les pratiques, en dictant les architectures techniques et en organisant la répartition des expertises sur le territoire, elle devient un acteur central et prescipteur de la transformation numérique nationale, dont les effets se mesureront sur le long terme.
Un Cadre Contractuel au Service de la Modernisation
L’Industrialisation de la Commande Publique
Le choix délibéré de confier un marché aussi critique à un groupement de grande envergure témoigne d’une ambition claire : industrialiser les processus de développement et de maintenance applicative qui sous-tendent l’action publique. Pour les Directions des Systèmes d’Information, souvent confrontées à des parcs applicatifs hétérogènes et à des ressources contraintes, cette approche mutualisée représente une avancée majeure. Elle promet une meilleure prévisibilité des coûts grâce à des catalogues de services clairs, une accélération tangible des déploiements en réduisant les délais liés aux appels d’offres, et une rationalisation des projets informatiques à grande échelle. Dans ce contexte, l’UGAP agit comme un puissant catalyseur, offrant un cadre pré-négocié qui non seulement simplifie drastiquement les procédures d’achat, mais assure également une conformité réglementaire et technique rigoureuse, libérant ainsi les équipes publiques pour se concentrer sur les enjeux métiers et l’innovation de service.
Cette démarche d’industrialisation va au-delà de la simple mutualisation des achats ; elle instaure une nouvelle dynamique de partenariat stratégique entre le secteur public et ses prestataires. En s’appuyant sur un cadre contractuel unique et robuste, les entités publiques peuvent désormais accéder à un continuum de services standardisés, allant de l’expertise ponctuelle à la prise en charge complète de projets complexes. Ce modèle permet de rompre avec une logique de projets cloisonnés et souvent redondants pour adopter une vision plus globale et cohérente de la transformation numérique. Il favorise l’émergence de bonnes pratiques partagées, la réutilisation de composants logiciels et une gestion plus efficace des compétences. En somme, l’UGAP ne fournit pas seulement un accès à des services, mais propose une véritable plateforme de modernisation, conçue pour sécuriser les trajectoires de transformation et garantir une application homogène des standards de qualité et de sécurité à l’ensemble du secteur public.
Un Périmètre d’Intervention Complet et Innovant
Ce nouveau marché se distingue par l’étendue et la modernité de son périmètre, dépassant largement le cadre traditionnel de la maintenance corrective. Il a été conçu pour couvrir l’intégralité du cycle de vie des applications, depuis les phases amont de conseil et de conception jusqu’à la modernisation des systèmes existants, en passant par le développement, l’intégration et la maintenance évolutive. Le cahier des charges témoigne d’une prise en compte approfondie des enjeux contemporains, en intégrant de manière explicite des exigences devenues non négociables. La conformité au Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité (RGAA) y est systématiquement requise, tout comme l’écoresponsabilité des projets numériques (Green IT) pour maîtriser l’empreinte environnementale des services. L’adoption de plateformes Low Code / No Code est également encouragée afin d’accélérer la production d’applications métiers et de répondre plus rapidement aux besoins des utilisateurs, marquant une rupture avec les cycles de développement longs.
La modernisation des systèmes hérités, souvent qualifiés de « dette technique » , constitue un autre pilier central de ce marché ambitieux. Le groupement est ainsi mandaté pour intervenir sur des problématiques complexes telles que la reprise de code existant, la refonte d’architectures monolithiques vers des modèles plus agiles et résilients de type micro-services, ou encore l’automatisation complète des chaînes de déploiement (CI/CD) pour fluidifier les livraisons. Une attention particulière est portée à la sécurité et à la performance, avec la systématisation des tests d’intrusion, d’endurance et de charge en amont des mises en production. Ce périmètre exhaustif transforme le contrat en un véritable levier de modernisation, permettant aux DSI publiques de s’attaquer de front à l’obsolescence de leurs systèmes tout en intégrant les innovations technologiques les plus récentes, le tout dans un cadre contractuel sécurisé et maîtrisé.
L’UGAP, Architecte du Marché Numérique Public
Le Rôle Structurant d’une Centrale d’Achat Prescriptrice
Avec une activité globale qui a atteint 6,98 milliards d’euros hors taxes en 2025, l’UGAP a transcendé son rôle de simple intermédiaire pour devenir un acteur qui structure activement le marché des technologies de l’information. En imposant des standards techniques, des cadres de développement et des outils de supervision communs à travers ses marchés d’envergure, la centrale d’achat favorise une homogénéisation progressive des systèmes d’information au sein de l’administration. Cette standardisation de fait est une aubaine pour l’interopérabilité entre les services publics et contribue à une réduction significative des coûts de maintenance sur le long terme. Par ailleurs, l’UGAP joue un rôle moteur dans la diffusion des politiques publiques en intégrant quasi systématiquement des critères extra-financiers dans ses appels d’offres. La quasi-totalité de ses marchés intègre désormais une disposition environnementale, poussant l’écosystème des fournisseurs à adopter des pratiques plus durables et responsables.
L’influence de l’UGAP se manifeste également dans la manière dont elle façonne les stratégies des entreprises de services numériques. Pour des acteurs comme Inetum, Devoteam et Orange Business, être référencé sur un marché de cette ampleur offre une visibilité pluriannuelle et une mutualisation considérable des efforts commerciaux. Cette prévisibilité justifie des investissements stratégiques pour aligner en profondeur leurs offres, leurs processus et leurs expertises sur les exigences précises de la centrale d’achat. En retour, cette concentration de la demande permet de répondre aux projets les plus ambitieux des ministères ou des grands établissements publics, qui nécessitent une capacité de mobilisation massive et une couverture territoriale sans faille. Si cette mécanique favorise les grands groupes, l’UGAP veille néanmoins à maintenir un équilibre, en soulignant qu’une part significative de ses fournisseurs demeure des PME, bien que celles-ci interviennent souvent en sous-traitance sur les marchés les plus stratégiques.
Les Enjeux Stratégiques de Souveraineté Numérique
Les déclarations des dirigeants des trois entreprises lauréates ancrent unanimement ce succès commercial dans un contexte géopolitique plus large, celui de la souveraineté numérique et de la maîtrise des systèmes d’information publics. François Fleutiaux, pour Inetum, met en exergue la notion de souveraineté numérique des territoires, une ambition soutenue par un maillage dense de 45 agences en France, permettant d’accompagner les acteurs publics au plus près de leurs spécificités locales. Cette proximité est présentée comme un gage d’efficacité et de réactivité, mais aussi comme un engagement à maintenir les compétences et les centres de décision sur le territoire national. Cette vision est partagée et renforcée par les autres membres du groupement, qui insistent sur la complémentarité de leurs expertises pour garantir une couverture complète et une expertise locale forte, y compris dans les départements et régions d’outre-mer.
De son côté, Emmanuel Lehmann, pour Devoteam, insiste sur les concepts de « pérennité et de maîtrise » des systèmes d’information, soulignant que l’objectif ultime est de garantir la performance, la sécurité et l’indépendance technologique des organisations publiques. Cette perspective dépasse la simple prestation de services pour toucher à la capacité de l’État à contrôler ses infrastructures critiques, ses données sensibles et ses processus métiers essentiels. Éric Blazy, pour Orange Business, abonde dans ce sens en mettant en avant la synergie des forces du groupement. En se positionnant non seulement comme un ensemble de prestataires techniques, mais comme un partenaire stratégique dans la réalisation de cet objectif de souveraineté, le consortium répond à une préoccupation politique majeure. Le contrat devient ainsi l’instrument d’une politique industrielle visant à renforcer l’autonomie stratégique de la France dans le domaine numérique.
Une Modernisation Désormais Opérationnelle
Ce marché UGAP a agi comme un puissant accélérateur, en faisant passer la modernisation du secteur public d’une ambition stratégique à une réalité opérationnelle structurée. Pour les DSI, les défis complexes comme le maintien en condition opérationnelle d’applications critiques, la sécurisation des chaînes de développement face à des cybermenaces croissantes ou la modernisation de socles techniques vieillissants sans rupture de service ont trouvé une réponse pragmatique. Le cadre contractuel unique, opéré par le groupement Inetum-Devoteam-Orange Business, a offert un dispositif centralisé pour le développement, l’intégration et la maintenance. La commercialisation de cette offre, qui a démarré sa nouvelle phase le 23 janvier 2026, a marqué une étape significative, conditionnant durablement la vitesse et l’efficacité de la transformation numérique publique en France en fournissant les outils d’une industrialisation devenue indispensable.
